Actualités, Festival Cinéma(s) d'Iran #4 — 6 mai 2016 at 22:56

4e édition du Festival Cinéma(s) d’Iran

 

Programmation du Festival Cinéma(s) d’Iran #4

 

Comment se porte le cinéma iranien ? Cette question hante les professionnels en Iran qui, inquiets, scrutent sans relâche les données: quid des ventes du cinéma iranien à l’étranger, quid des sélections en festivals, quid des ventes domestiques, des sorties en salle ? Pourtant, le 7ème art fait preuve d’une vitalité incontestable sur le plan national et international: plus de 140 longs métrages officiellement inscrits cette année au Festival de Fajr de Téhéran, grand rendez-vous de la production locale. Presque la moitié sont des premiers films. Des chiffres à faire pâlir d’envie nombre de pays.

La dernière Berlinale accueillait 4 films iraniens et Cannes 2016 reçoit à nouveau le vétéran Asghar Farhadi et son Client, et un nouveau venu, Behnam Behzadi avec Inversion; deux films bouleversants que notre festival vous fera découvrir en « avant avant-première ».

Mais le cinéma iranien ne se cantonne pas au mélodrame et à la critique sociale « sérieuse », comme on le croit trop souvent. Ultra populaire en Iran, très mal connue à l’étranger, la Comédie à l’iranienne constitue cette année l’essentiel de notre programmation. Avec ces comédies, nous continuons notre exploration de l’univers cinématographique iranien, et de thématiques inédites mais éclairantes sur l’état du pays.

Entre comédie sociale et comédie de mœurs, grinçants ou simplement drôles, les films du genre permettent de porter le fer ou seulement un regard amusé sur les maux sociétaux et les travers du pays: le rire comme arme, nos réalisateurs l’exploitent avec brio comme vous le verrez avec un éventail de huit films très différents. Il va des tribulations d’un détenu déguisé en mollah pour s’évader de prison (Le Lézard), à la double vie des Iraniens et à leur rapport fétichiste aux antennes paraboliques (Le tambourin), en passant par l’effondrement d’un immeuble entier par la négligence de son propriétaire (une métaphore?) dans Les Locataires du grand Mehrjui… Récompense suprême: la redécouverte d’un grand classique de l’ère Pahlavi (1956), Une soirée en enfer avec ses somptueux décors en carton-pâte. Bref un programme totalement inédit et réjouissant

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Deux comédies, Le Lézard et Leyli est avec moi nous donnent l’occasion d’inviter pour vous l’un des monuments du cinéma iranien: Parviz Parastouei. Nul besoin de présenter aux Iraniens ce grand acteur, appelé l’homme aux mille facettes, qui troque facilement sa robe de mollah pour l’uniforme d’un soldat mort de trouille au front: Parastouei a presque tout joué, homme d’affaires, mollah, ancien combattant… Vous avez pu le découvrir l’an dernier en chauffeur de taxi dans Aujourd’hui de Reza Mirkarimi. Homme de théâtre et de cinéma, il reviendra pour nous sur sa longue expérience, et sur le rapport quasi fusionnel qu’entretiennent les Iraniens avec le star-système et le cinéma.

Justement: comment le cinéma iranien parvient-il à garder sa puissance exceptionnelle, à produire autant de films de qualité, et à présenter autant de nouveaux talents chaque année ? Une partie de la réponse se trouve dans l’enseignement du cinéma en Iran et dans sa démocratisation. Au-delà des universités d’Etat, depuis une quinzaine d’années, la capitale iranienne et les autres grandes villes ont vu fleurir des dizaines d’écoles de cinéma privées, rapidement dépassées par leur succès, et qui commencent à produire leurs fruits: bon nombre de leurs élèves parviennent à percer et à réaliser leur premier film.

Negar Eskandarfar, directrice d’une des écoles les plus prestigieuses de la capitale, Karnameh, viendra nous la présenter et partager son expérience, à l’aide de quelques courts métrages. Les grands noms du cinéma iranien, comme Abbas Kiarostami, Asghar Farhadi ou Nasser Taghvaii y enseignent. Productrice aussi, elle nous présentera un de ses films, qui figure dans la section Panorama du cinéma contemporain, Au cas où de Faezeh Azizkhani, une de ses anciennes élèves. Cette section sera d’ailleurs bien étoffée avec des habitués comme Madjid Barzegar et Kiarash Assadizadeh, qui présenteront leur dernier opus, et des nouveaux venus et leur premier film, comme Hamed Rajabi, Behtash Sanaeeha et Vahid Jalilvand.

Nous vous avons évidemment aussi concocté une riche séance de courts métrages, genre si cher à notre public, fruit d’un nombre incalculable de visionnage: l’Iran produit plus de 2000 courts métrages par an!

Des documentaires très étonnants, comme Je veux être roi de Mehdi Ganji, au titre évocateur ou le très surprenant Les pins en quarantaine d’Atieh Attarzadeh, entièrement filmé par les patients d’un asile psychiatrique, et enfin un très beau film d’animation, Le poisson frit, merveilleux hymne à liberté, clôtureront de la plus belle des manières notre cuvée de 2016.

Au plaisir de vous retrouver nombreux.

L’équipe de Cinéma(s) d’Iran